Papa, ma lettre aurait pu débuter ainsi mais non je n'y arriverai pas.. Je ne sais pas si un jour j'aurais le courage & la force de te dire tout ça en face.. Mais j'avais envie de l'écrire , juste car ça me fait du bien. Je tiens d'abord à préciser que comparé à d'autres personnes je ne suis pas à plaindre.. Parfois , souvent même , je me demande si à tes yeux j'ai de l'importance , si tu m'aimes , si tu te ferais tout pour moi. J'ai du mal à te comprendre , j'ai longtemps souffert de ton absence ou de ta présence par intermitence .. Souvent j'essaie de penser aux bons moments qu'on a pu passer ensemble et à mon grand regret ces moments sont réellement inexistants.. C'est incroyable cette sensation que j'aie , cette impression d'être face à un inconnu en te voyant.. J't'en veux , si tu savais à quel point.. J't'en veux pas d'être parti, non j't'en veux pas pour ça , c'est pas ça qui m'a fait mal.. Parce que la séparation , la fin d'un amour est normale , acceptable , avec ou sans enfant. J't'en veux terriblement , d'avoir délaissé ton rôle de père , d'avoir tout quitté.. Je sais que sans toi , on a pu s'en sortir , mais moi j'aurais voulu pouvoir dire que mon père c'est le meilleur , c'est l'homme de ma vie , comme toutes les petites filles savent si bien s'en venter. Je t'avoue que je les ai souvent envié. Et puis quand j'étais gamine , y'avait tellement de questions qui trottaient dans ma tête.. J'me demandais sans cesse pourquoi comme tous les autres enfants , j'avais pas ton nom de famille à toi.. En y repensant , j'aurais pas été très fière de porter ton nom , car t'auras beau dire que j'ai tort , mais tu ne nous as pas élevé , t'as participé en rien à notre éducation. Au début , c'était dur , ça me faisait mal de me dire que mon propre père , mon géniteur ne m'accordait aucune importance , puis les années ont passé , à quoi bon perséverer en sachant que rien ne changerait ? J'me dis que j'ai rien perdu moi contrairement à toi. Toi t'as tout gâché , t'as aucun souvenir de tes enfants , tu ne les as pas vu grandir.. Parfois , quand on se voyait j'essayais d'engager la conversation , mais y'avait rien à faire , tu ne t'y plongeais pas , j'avais vraiment l'impression que ma présence te pesait.. Les rares moments qu'on passait avec toi , sans arrêt tu les détruisais.. Fallait toujours que tu nous rabaisses plus bas que terre , que tu me parles de mon poids , qu'tu me pousses à bout.. Et moi j'me rappelle qu'à l'âge de 6 ou 7 ans , j'avais encore aucune répartie et la seule issue que j'avais c'était de me réfugier aux toilettes et de pleurer toutes les larmes de mon corps étant donné que je ne voulais pas te montrer que tu pouvais m'atteindre. Je sais que je suis timide , c'est pas nouveau ça , mais j'ai jamais toléré qu'en ta présence je le devienne plus encore.. Puis j'ai grandi , et contrairement à mon frère , j'avais pas ma langue dans ma poche , quand j'avais des trucs à te dire , je te les disais au risque de briser la soirée.. Je me souviens d'un soir de Noel , où ta compagne m'avait fait une réflexion , à laquelle j'avais bien évidemment répondu.. Et , là , entre elle & moi , ça avait fusé.. Elle voulait me taper , je m'en souviens comme si ça s'était passé hier , je lui ai dit qu'il fallait qu'elle agisse et qu'elle arrête de parler , mais je savais très bien qu'elle n'avait aucune parole.. Elle , aussi , je l'ai jamais aimé , heureusement qu'avec le temps ça s'est un peu arrangé , mais au début , je n'avais qu'une envie : qu'elle se couche sans jamais se réveiller. Elle a toujours voulu s'imposer dans nos relations , en voulant devenir famille.. Puis je l'ai toujours trouvée pathétique lorsqu'elle montrait sa préfèrence pour Julien , moi de son amour j'en voudrais jamais. Je t'en veux en fait de t'être toujours écrasé devant tout ça.. T'aurais du prendre mon parti , lui dire qu'elle n'avait aucun droit sur moi.. C'est là que j'ai compris que l'amour rendait aveugle , que tu étais sous son influence.. Et que tu n'osais effectuer d'actes sans sa permission. Je me souviens des vacances qu'on a pu passer ensemble , on s'exilait toujours , mon frère et moi , histoire de profiter au maximum , vu que toi tu t'enfermais dans ton cocon. Elle , j'ai jamais compris ce que tu lui trouvais , j'ai toujours eu du mal à comprendre le bien qu'elle éprouvait en me forçant à manger des légumes , sachant que tu as toujours eu pour pour principe de ne jamais forcer un enfant. Je n'oublierai jamais ces repas où tu montrais ta fierté d'avoir des enfants comme nous , alors qu'au fond tu savais pertinemment que de notre réussite , tu n'en étais pas l'auteur. Ton rôle , tu le revendiquais haut et fort lors de ces soirées là , où tu ne faisais que montrer autour de toi , combien tu étais un père exemplaire , comme si tu avais besoin de reconnaissance. Je sais qu'à présent plus rien ne changera , je m'y fais , je n'ai pas vraiment eu le choix.. J'espère juste qu'un jour tu ouvriras les yeux , et que tu t'en voudras jusqu'à t'en mordre les doigts , que tu seras empli de regrets et qu'à cet instant tout sera trop tard.. Tout est déjà trop tard.. A mes yeux , t'es juste mon géniteur.. J'ai pas de réel père , tu sais la personne avec qui la complicité est grande.. Tant de fois je t'en ai voulu de ne pas m'avoir ouvert ton c½ur. J'aurais aimé te confier des tas de secrets , j'aurais aimé que tu sèches mes pleurs. J'aurais aimé tant de choses avec toi.. Hélas c'est bien connu on a pas toujours ce qu'on veut.. A toi le père indigne que tu étais & que tu resteras..
.. & dire qu'un jour il a osé nous dire: "Je sais que je m'occupe mal de vous, j'espère que vous ne m'en voulez pas, j'ai un métier qui me prend du temps, je reste fier de vous & de votre réussite, de ce que vous devenez, vous êtes mes enfants, j'aimerai qu'à vos dix huit ans vous preniez mon nom de famille"